Rétention de leurre

Lorsque une casse se produit en action de pêche, le leurre peut être conservé par le poisson. On peut légitimement se poser la question de savoir si la rétention de leurres souples ou durs a des conséquences sur la santé des poissons. Ce problème a intéressé plusieurs chercheurs, je retiendrai ici deux de leurs études.

1. La première a été réalisée sur les conséquences de la rétention d’appât de pêche sur le comportement et la physiologie au cours de la période de reproduction de l’achigan à petite bouche. Les résultats démontrent un impact à court terme sur le comportement et la physiologie de cette espèce.

Cette étude a évalué la façon dont la rétention des trois différents types de leurres (crankbait, jig et worm avec hameçons à ardillon) a influencé le comportement, la physiologie et la reproduction du mâle achigan à petite bouche (Micropterus Dolomieu) par rapport aux témoins libérés après le retrait du leurre.
Les bass ont été pêchés sur leurs nids à l’aide de l’un des trois types de leurres ci-dessus. On a donc créé deux groupes :
– groupe A, groupe témoin constitué d’individus libérés du leurre,
– groupe B, constitué d’individus dont un leurre a été placé dans la mâchoire supérieure centrale.

Les mâles ont été par la suite relâchés et leur comportement (temps de retour au nid, comportement de soins parentaux) ont été contrôlés. Immédiatement après sa libération, le poisson équipé d’un leurre qu’il tentait d’expulser, affiche un comportement modifié par rapport aux poissons témoins. Cependant, ces différences de comportement n’étaient plus apparentes après 24 h, même pour les poissons équipés de leurres. Les taux d’abandon du nid ne différaient pas entre les poissons des deux groupes. Il a été constaté que les poissons sont rarement en mesure de se libérer des leurres dans les quelques jours suivant le traitement. L’échantillonnage physiologique mené sur les poissons équipés de jig a révélé des concentrations de glucose dans le sang chez les poissons qui avaient conservé le leurre pendant 24 h, alors que les concentrations de lactate et de l’hématocrite ne différaient pas entre les individus des deux groupes. Ces résultats démontrent que la rétention de leurre influe à court terme sur le comportement et la physiologie de l’achigan à petite bouche. Il pourrait être utile aux pêcheurs d’utiliser des hameçons sans ardillon qui peuvent être plus facilement expulsés par les poissons qui brisent la ligne. Des études supplémentaires sont nécessaires pour comprendre les conséquences à long terme de la rétention de leurres chez le poisson en eau libre.

Source : Consequences of fishing lure retention on the behaviour and physiology of free-swimming smallmouth bass during the reproductive period
Neil A. Henry, Steven J. Cooke, Kyle C. Hanson

2. Une autre étude a été menée, selon le même principe, sur le comportement et la survie du brochet, Esox Lucius, avec un leurre fiché dans la mâchoire inférieure.

Le comportement et la survie de brochets, Esox Lucius L., avec un leurre conservé dans la bouche suite à une casse de la ligne ont été étudiés. Leur comportement a été surveillé pendant la première heure après la libération, à l’aide de flotteurs visuels attachés au poisson et à long terme pendant trois semaines, à l’aide d’émetteurs radio fixés à l’extérieur.
– pendant la première heure après la libération, les brochets étaient moins mobiles,
– dans les 24 premières heures après la libération, ils présentaient une plus grande mobilité et parcouraient de grandes distances pour s’éloigner de la zone de libération.
– dès le deuxième jour après la libération, le comportement des brochets traités était semblable à celui des poissons témoins.
Aucun décès n’est survenu dans une période de suivi de trois semaines. Cependant, il est concevable que la mortalité différée ait pu se produire dans la période qui a suivi l’étude notamment par l’infection des plaies dues aux hameçons ou bien par la difficulté d’alimentation.

Source : Behaviour and survival of pike, Esox lucius, with a retained lure in the lower jaw
R. ARLINGHAUS, T. KLEFOTH, A. J. GINGERICH, M. R. DONALDSON, K. C. HANSON, S. J. COOKE.

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