La graciation, pour ou contre ?

catch_releaseIl nous arrive fréquemment d’être confrontés à l’étonnement voire à l’incompréhension de promeneurs assistant à un relâché. Dans la plupart des cas nos explications suffisent mais parfois le ton peut monter, surtout si on a à faire à un pêcheur habitué à conserver ses prises. Là on est dans l’éternel affrontement entre « no-killeurs intégristes » et « viandards » . Notons au passage que le premier terme est plutôt gratifiant tandis que le second est quasiment insultant. Peut être que la vérité se trouve à mi chemin entre les deux…

1. DEFINITION

Pratique consistant à relâcher vivants les poissons pêchés, volontairement ou en vertu d’une obligation réglementaire.
Source : Wiktionary.
Synonymes : no-kill, catch and release, pêcher-relâcher.

2. POURQUOI GRACIER UN POISSON ?

Outre les raisons officielles, respect de la taille légale de capture, préservation de l’espèce, je relâche un poisson pour qu’un autre pêcheur ait le plaisir de le capturer. Penser aux autres est, à mes yeux, important.
Cette pratique est interdite en Allemagne et en Suisse car le geste est considéré comme un acte de cruauté. Pêcher pour d’autres raisons que se nourrir serait un acte moralement inacceptable pour les Teutons. Dans ces pays, le poisson ne doit pas être utilisé comme objet d’amusement.
Sur certains sites espagnols, la motivation est différente. Les autorités souhaitent éradiquer toutes les espèces non autochtones. En conséquence, les silures, sandres et black-bass vont disparaître notamment du célèbre plan d’eau de Mequinenza puisqu’il faudra tuer les poissons avant de les remettre à l’eau…beurk! Quelle aberration!!!

3. EFFICACE OU ILLUSOIRE?

La Fondation Billfish (TBF) œuvre pour le no-kill des poissons à rostre, marlins, espadon, voilier. Depuis 1990, un programme de marquage par tag est en place. J’ai eu l’immense plaisir de pratiquer le « tag & release » sur l’espadon voilier ci-dessus lors d’un séjour de pêche aux Maldives. Les données recueillies fournissent des informations sur les migrations, les densités des rostres, taux de croissance, et d’autres caractéristiques importantes du cycle de vie de ces superbes et infatigables combattants.

S’agissant de l’eau douce, des parcours spécifiques de graciation sont mis en place par les fédérations à la demande des AAPPMA gestionnaires sur des secteurs où le poisson doit être systématiquement remis à l’eau. C’est notamment le cas des fédérations de la Dordogne, Haute Vienne et Corrèze.

4. COMMENT RELACHER ?

En mer, une excellente méthode consiste à balancer le poisson par dessus bord la tête la première. Lorsqu’il s’agit d’un espadon, un ré-oxygénation est pratiquée en maintenant le poisson par le rostre près de l’hélice d’un moteur. Il arrive souvent qu’en pêchant au jig dans les grandes profondeurs, on remonte des poissons dont la vessie natatoire est dilatée. Il faut alors pratiquer un fizzing pour provoquer une déflation artificielle. Cette pratique, lorsqu’elle est bien maîtrisée, entraîne une réduction significative de la mortalité des poissons marins.

En eau douce, sur les leurres durs ou souples, des hameçons simples sans ardillon tels que les Owner S55 BLM ou bien les Gamakatsu Single Hook 53 Light avec ardillon remplaceront avantageusement les triples d’origine. Il est recommandé de monter le simple ventral avec la pointe vers le bas et le simple de queue avec la pointe vers le haut.
La durée du combat doit être la plus courte possible surtout en période chaude, de manière à minimiser le stress et la fatigue.
La manipulation de décrochage se fait si possible dans une épuisette maintenue dans l’eau, en évitant de toucher le poisson.
S’il y a du courant, on maintient le poisson droit avec la tête face au courant. Lorsque il s’agite, il est temps de le lâcher.

Le no-kill est un concept qui sert trop souvent a se donner bonne conscience, alors il ne doit pas être un prétexte pour « bastonner » un banc de perchettes, de sandrillons ou de « caranguettes ».

Je vous invite à lire l’excellent article de Joss intitulé « Le cri du poisson » publié dans Naturellement Pêche.info ainsi que ses commentaires de haut niveau.

grace

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