Le projet Kilpike

RÉSUMÉ
L’objet de cet article est de décrire une méthode permettant d’obtenir un leurre articulé équilibré quel que soit son volume. Cet équilibrage est réalisé en maîtrisant la densité de la résine polyuréthane utilisée comme matière première. La méthode permet de s’affranchir des masses métalliques d’équilibrage conventionnelles.

ABSTRACT
The purpose of this article is to describe a method for obtaining a balanced articulated lure regardless of volume. This balancing is achieved by controlling the density of the polyurethane resin used as raw material. The method eliminates metal masses conventional balancing.

0. LE PROJET

J’avais l’idée depuis fort longtemps de me frotter à la fabrication d’un gros swimbait articulé long et lourd destiné aux carnassiers XXXL, brochets et silures.
En lisant des reportages sur la pêche du brochet, je me suis rendu compte que peu de pêcheurs utilisaient de très gros leurres. Ce pour plusieurs raisons :
– la plupart des très gros leurres coûtent cher
– la probabilité de perte est importante et douloureuse
– leur mise en œuvre nécessite un matériel lourd, onéreux et fatiguant à l’usage
– le pourcentage de bredouilles est élevé

Il faut donc avoir une énorme motivation pour trimbaler et utiliser cet équipement toute une journée. Mais l’espoir de combattre un poisson trophée fait vite oublier ces contraintes.

Me voilà donc engagé dans ce projet un peu fou sans savoir si je parviendrais à faire nager correctement un autobus. L’objectif n’est pas de créer un leurre commercial mais de faire nager correctement des morceaux de résine articulés. Je me suis fixé le cahier des charges suivant :
– silhouette d’un brochet
– longueur : 30 cm
– poids : autour de 150 g
– matériau : résine polyuréthane bi-composants
– articulations de type charnière

Les caractéristiques de comportement recherchées sont les suivantes :
– nage très lente serpentiforme en queue
– peu de rolling
– descente horizontale en slow sinking

1. CRÉATION D’UNE MAQUETTE

Pour construire la maquette, j’utilise des plaques d’AIREX récupérées chez un fabricant de planches de surf. Je lime et je ponce pour obtenir une forme approximative qui, progressivement, va s’affiner pour ressembler de loin à la silhouette d’un brochet. L’objectif n’est pas de sculpter une tête hyper réaliste, car j’en suis tout à fait incapable.

maquette0

 

2. DÉCOUPAGE DES ÉLÉMENTS ET MONTAGE DES CHARNIÈRES

L’Airex est très facile à scier. La maquette est découpée en 5 éléments. Les charnières sont fabriquées à partir de cylindres en résine de 16 mm de diamètre générés dans un moule en RTV blanc.

moule_cylindre

 

Pour confectionner les charnières, je me suis fortement inspiré du magnifique travail réalisé par Mickey Ellis sur son Freestyle Herring 7″5.

hfsgb

 

Les cylindres en résine sont collés sur l’Airex puis habillés avec de la résine pâteuse pour obtenir, après ponçage, leur forme définitive. Ils sont ensuite percés à 3,2 mm à la perceuse à colonne pour permettre le passage des axes en carbone plein de 2,5 mm. Pourquoi des axes en carbone et non en acier inoxydable? Pour une raison essentielle. Il existe dans le commerce de très nombreuses nuances d’aciers inoxydables, certaines peuvent se corroder, notamment lorsqu’on les coupe, provoquant parfois l’apparition de points de rouille. Avec le carbone, on ne risque pas ce genre de désagrément.

 

_1kilesox

 

Après insertion des axes, le mouvement de chaque articulation est vérifié et éventuellement affiné par ponçages et ajouts de matière successifs.

charniere

 

L’axe en carbone de 2,5 mm est bloqué dans la partie femelle percée à 2,5 mm. C’est la partie mâle percée à 3,2 mm qui oscille autour de l’axe. L’axe ne traverse pas toute la hauteur de l’élément pour éviter d’avoir à reboucher le trou de sortie. Le trou d’entrée est comblé avec du mastic de carrosserie.

3. CRÉATION D’UN PROTOTYPE EN RÉSINE

maquette_verte

 

A ce stade, un choix doit être fait entre deux méthodes d’équilibrage :
3.1 la méthode conventionnelle implique de déterminer avec précision l’emplacement et le poids d’une ou plusieurs masses métalliques d’équilibrage.
3.2 la méthode « Kileur », décrite ci-après, utilise le principe de superposition de couches de résine de densités différentes.
Il ne m’appartient pas de décréter laquelle est la meilleure. Je décris simplement la seconde.

equilibrage

 

Un moule est créé pour chacun des éléments de la forme. Trois œillets de fixation en inox de Ø 1,3 mm sont positionnés, un pour accrocher le leurre à la ligne et deux pour l’armement. On coule dans chaque moule un savant mélange de résine et de micro-ballons de verre pour obtenir l’équilibre. Chaque élément est constitué de 2 couches de résine superposées coulées à 20 mn d’intervalle. La couche ventrale contient des micro-ballons pleins coulants (charge lourde d=2.5), la couche dorsale contient des micro-ballons creux flottants (charge légère d=0.25).

Trois paramètres sont à prendre en compte :
1. le pourcentage de micro-ballons dans chaque couche génère l’équilibre. Pour réaliser un équilibre stable, le ventre doit être logiquement plus lourd que le dos. Ainsi, un leurre jeté dans l’eau se mettra automatiquement en bonne position, ventre en bas et dos en haut. La variation de ce paramètre a pour conséquence de modifier la densité de la résine. Celle de la couche supérieure sera donc toujours inférieure à celle du bas.
2. la hauteur de la ligne de séparation des couches participe à l’équilibre et détermine la vitesse de descente du leurre. Plus la ligne (jaune sur le schéma ci-dessus) sera haute, plus le leurre coulera vite. Attention de ne pas exagérer cette hauteur sous peine de perturber la nage du leurre.
3. le poids de l’armement, anneaux brisés et hameçons, participe à la vitesse de descente du leurre.

edu-des-mathematiques-icone-4069-96Exemple de calcul à faire pour le moule de chaque élément du leurre (*) :
Après de multiples essais, je décide que, pour obtenir un leurre coulant :
– la couche inférieure représentera 50% du poids final de l’élément.
– la couche supérieure sera dosée à 5% de charge légère.
– la couche inférieure sera dosée à 10% de charge lourde.
Pour un élément de 54 g j’ajouterai donc :
– pour la couche supérieure : 27 x 0,05 = 1,35 g de charge légère à 27 – 1,35 = 25,65 g de résine
– pour la couche inférieure : 27 x 0.10 = 2,70 g de charge lourde à 27 – 2.7 = 24,30 g de résine
(*) Les formules publiées dans cet article conviennent au Kilpike. Chacun fera l’effort de chercher celles qui conviendront le mieux à son prototype.

Dans les tableaux ci-dessous, la couche de résine « SUP. » est la couche supérieure, c’est à dire le dos du leurre. La couche de résine « INF. » est la couche inférieure, c’est à dire le ventre du leurre. EL1 est l’élément de tête, EL5 est le support de la queue.

elements

 

LEURRE FLOTTANT COUCHES DE RESINE CHARGES COMPOSITES
% Grammes % Grammes
ELEMENT POIDS SUP. INF. SUP. INF. LEGERE LOURDE LEGERE LOURDE
EL1 53 66 34 35 18 5 10 1.7 1.8
EL2 37 66 34 24.4 12.6 5 10 1.2 1.3
EL3 27 66 34 16.2 10.8 5 10 0.8 1.1
EL4 26 66 34 17.1 8.9 5 10 0.9 0.9
EL5 8 66 34 5 3 5 10 0.3 0.3

 

LEURRE COULANT COUCHES DE RESINE CHARGES COMPOSITES
% Grammes % Grammes
ELEMENT POIDS SUP. INF. SUP. INF. LEGERE LOURDE LEGERE LOURDE
EL1 54 50 50 27 27 5 10 1.4 2.7
EL2 39 52 48 20.3 18.7 5 10 1.0 1.9
EL3 29 52 48 15.1 13.9 5 10 0.8 1.4
EL4 27 50 50 13.5 13.5 5 10 0.7 1.4
EL5 9 52 48 4.7 4.3 5 10 0.2 0.4

 

Si on observe le tableau du leurre coulant, on remarque que les éléments 1 et 4 ont une densité identique (50/50) supérieure à celles des autres (52/48). Ceci n’est pas un hasard. En effet, ces 2 éléments supportent les hameçons triples. En augmentant leur densité (48/52, 46/54, 44/56, etc.) on augmente la vitesse de descente du leurre. En fait, on conjugue l’effet densité des 2 éléments et l’effet poids de l’armement. Attention toutefois de ne pas exagérer, sous peine de voir le leurre évoluer avec la grâce d’une enclume.

Dans l’hypothèse où on chercherait, par exemple, à reproduire la position du BBZ-1 « slow sink » de SPRO, il faudrait appliquer la formule suivante sur l’EL1 pour faire basculer la tête vers l’avant et sur l’EL4 pour faire remonter la queue.

BBZ-1 SLOW SINK COUCHES DE RESINE CHARGES COMPOSITES
% Grammes % Grammes
ELEMENT POIDS SUP. INF. SUP. INF. LEGERE LOURDE LEGERE LOURDE
EL1 55 45 55 25 30 5 10 1.25 3.0
EL4 26 66 34 17.1 8.9 5 10 0.9 0.9

 

bbz1

 

Avec le système des densités variables, les masses métalliques d’équilibrage sont inutiles. On évite donc de se casser la tête à calculer leur masse et leur position.
Tous les éléments assemblés constituent le premier prototype.

4. TEST DE FLOTTAISON ET DE NAGE

C’est le moment crucial, l’heure de vérité. Si le résultat des tests n’est pas satisfaisant, le projet peut s’arrêter là. C’est donc avec une certaine appréhension que je dépose le prototype sur l’eau. Première surprise, il flotte la tête légèrement immergée et la queue en l’air. Il va falloir revoir la densité de chacun des éléments. La nage est bizarre, beaucoup de rolling et la légèreté de la partie arrière tire le leurre vers la surface. La situation n’est pas désespérée mais j’ai encore du travail de mise au point.

5. CORRECTION ET VALIDATION DU PROTOTYPE

La densité de chacun des éléments est revue de façon à obtenir un leurre « low sinking » en position parfaitement horizontale. Dans le cas qui nous occupe, le centre de gravité du leurre assemblé est situé à l’arrière du 2ème élément. Il faut donc répartir les masses équitablement de chaque côté de ce point avec plus de précision.

squelette
blanc

 

Pour améliorer la nage de la queue, le 5ème élément est divisé en 2 parties. Le prototype définitif est donc constitué de 6 éléments. Les angles inter-éléments de l’avant ont étés augmentés pour obtenir une nage moins serpentiforme plus serrée se rapprochant le plus possible de celle d’un brochet en maraude. A l’inverse, ceux des éléments de queue ont été diminués pour produire un effet coup de fouet lors d’un twitch, comme lorsqu’un brochet déclenche une attaque fulgurante ou bien prend la fuite.

ELEMENTS EL1/EL2 EL2/EL3 EL3/EL4 EL4/EL5
ANGLE 150° 150° 160° 120°

 

Non équipé d’hameçons, le leurre flottant flotte et le leurre coulant coule. Equipé d’hameçons, le leurre flottant flotte toujours et le leurre coulant coule plus vite. Le poids des hameçons triples et des anneaux brisés est de 2 fois 3 g. Ces 6 g accélèrent la descente vers les abysses. Arrivé au fond, le leurre se pose horizontalement sur les 2 triples sans se coucher.

2protos

 

Les caractéristiques de nage constatées sont les suivantes :
– nage très lente serpentiforme en queue
– peu de rolling
– descente horizontale en slow sinking. Vitesse de descente : 0.12 m/seconde soit 8 secondes par mètre soit 1 mn 30 pour 10 mètres.
– le leurre ne bascule pas en se posant sur le fond. Il reste en équilibre sur les deux triples
– lors d’un ramené, il tient le fond
– un twitch provoque un coup de queue
– pas de décrochage sur un slide ni sur un jerk

 

6. CRASH TEST

Mes modestes moyens financiers ne m’ont pas permis de faire effectuer une batterie de tests de solidité par un laboratoire spécialisé. J’ai donc fait appel à la force humaine brutale pour torturer ce prototype.

tampon_survivedLe leurre est soumis à l’épreuve des lancers par dessus l’épaule avec des jets paraboliques de trente mètres durant 3 heures par 2 pêcheurs. Ceci a permis de constater une faiblesse au niveau des deux derniers éléments. En effet, la queue réalisée en résine brute casse suite aux impacts de surface répétés. En conséquence, l’avant dernier élément a été re-profilé et renforcé. Dans la version 2, l’extrémité de la queue a été découpée à la scie à chantourner dans une plaque en polycarbonate de 3 mm d’épaisseur. Il s’est avéré que son poids de 5 g contrariait la nage de l’ensemble. Même sanction avec du polycarbonate de 2 mm, le poids de 3.5 g est trop important. Une version 3, réalisée par découpe d’une plaque de polyéthylène(PET) de 1,5 mm, a été finalement validée. Sa légèreté, 2 g, et sa solidité conviennent parfaitement en situation de lancé et de ramené lent. Ce matériau pourrait convenir pour confectionner d’éventuelles nageoires.

decoupe_queue

 

7. CRÉATION DES MOULES DE PROTOTYPAGE

moules_kil

 

Après validation de la nage, il est temps de fabriquer les moules définitifs. Ils sont fabriqués avec un mélange 70/30 de RTV rouge et de RTV blanc selon la méthode double coque de Bricoleurre. Ce dosage permet d’obtenir un moule suffisamment rigide pour résister au serrage sans déformation et suffisamment souple pour autoriser un démoulage facile des contre-dépouilles des charnières. De nombreux picots ceinturent le plan de joint pour obtenir un ajustement parfait des 2 coques. Des évents sont placés pour éviter les bulles de plafond.

8. PEINTURE, VERNISSAGE ET ARMEMENT

P1010615

 

Après ponçage au grain 600 et dégraissage à l’acétone, chaque élément reçoit une couche d’apprêt (surfacer blanc) passée à l’aérographe avec une buse de 0,8 mm et une pression de 1 bar. Six heures plus tard, l’aérographe est remis en service avec une buse de 0,5 mm et une pression de 0,6 bar pour procéder aux 4 couches de peinture (TAMIYA X, XF et PS) de la décoration finale, fond jaune, tâches marron, dos smoke, ventre blanc nacré et queue orange.
Douze heures plus tard, les yeux de 9 mm sont collés et le vernissage peut commencer. Il est réalisé au pinceau à vernir avec 3 couches de vernis epoxy BULLARD passées à 48 h d’intervalle sur un tour de séchage bricolé avec un moteur de micro-ondes. La vitesse de rotation du tour est de 7 tours/mn. Sa conception est inspirée du modèle développé par le crafteur HEBISCUS que je salue et remercie au passage.

Les anneaux brisés DECOY modèle 8111269 – n°6 – 75 lb sont montés sur les fixations ventrales, ils recevront les triples OWNER ST41 BC en 1/0 et 2/0.

9. QUEL ÉQUIPEMENT POUR UTILISER CE SWIMBAIT?

plm_blackFinalement, le leurre mesure 29 cm et pèse un peu moins de 170 g. J’utilise un combo constitué d’un moulinet casting REVO TORO WINCH 61 et d’une canne casting spécialement montée par Pierre LAVIGNOTTE de PLM CUSTOM RODS à Toulouse.
 
Le blank est un PHENIX Ultra Swimbait USB-800H-C-B 8′ Fast de 2 à 8 Oz fourni par Katanarods.
11 anneaux Fuji Alconite KWAG/KTAG/MNAT
Porte moulinet Matagi Gloss Black ECS KN17
Winding Check Gold HTWC-B
Winding Check Gold RSR-17
Winding Check Dark Gunmetal K16-LRZ
Mousse EVA HTE42715K
Talon Rodhouse Gold BUTT-RH-G
Longueur : 2.45 m – Poids : 223 g
Les peintures (sous-couche blanche et rouge nacré) et vernis polyuréthanes sont d’Alain BRIMONT. Merci l’ami!

montage_canne

 

10. OÙ TROUVER LES PRODUITS DE FABRICATION?

La Bricorésine, les charges légère et lourde, les RTV rouge et blanc, les yeux viennent de chez BRICOLEURRE.
Les tiges en carbone et les peintures TAMIYA proviennent de Pyrénées Modèles.
Le vernis epoxy BULLARD DIAMOND est fourni par Katanarods.
Le polycarbonate vient de chez POLYDIS.
L’équipement d’aérographie est issu de Aérographe Discount.

11. EPILOGUE

Ce prototype restera un prototype. Il ne deviendra pas un produit commercial, ni sous la forme d’un moule ni sous celle d’un leurre. Il n’aura été qu’un banal instrument de travail au service d’un projet éphémère. Sa conception et sa réalisation ont nécessité beaucoup de temps, il aurait été dommage qu’elles ne soient pas suivies d’un partage d’expérience. Les crafteurs en herbe ont désormais à disposition une base de travail qui devrait leur éviter de s’enliser dans des méthodes empiriques chronophages.

This prototype will remain a prototype. He did not become a commercial product, or as a mold or in that of a lure. There has been a commonplace working tool for an ephemeral project. Its design and implementation required a lot of time, it was a shame they are not followed by a sharing of experience. The budding crafters now have available a working basis should avoid getting bogged down in time-consuming empirical methods.

Je remercie Maxime REY de Madlures d’avoir décoré gracieusement le proto affiché en tête d’article. Ses créations seront exposées au Carrefour National de la Pêche et des Loisirs de Clermont-Ferrand du 17 au 19 Janvier 2014 et au Salon Européen des Pêches en Mer de Nantes du 14 au 16 Février 2014.

Le prototype sera visible sur le stand BRICOLEURRE à Clermont et à Nantes.

2 Commentaires

  • Répondre mars 8, 2014

    FORZANO "Patdu06"

    Et bien ! Quel boulot, autant de recherches, calculs précisions et un résultat que je trouve vraiment à la hauteur !
    La nage de ce leurre « proto » est très réaliste, je pêche plutôt en mer qu’en eau douce, même si j’ai pris mon permis pas mal d’années, mais j’ai observé quelques brochets et là c’est assez bluffant !
    Bravo pour ce travail, je suis certain que dans une version plus « légère » sa commercialisation serait évidente..
    Patrick.

  • Répondre décembre 27, 2014

    evilures

    jean louis il est magnifique et quelle nage vraiment chapeau bas ce qui m’interresse c’est la matière avec laquelle tu realises ton master elle a l’air sympatique a travailler ont en reparle bientot 🙂
    bastien

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